Le débat sur l’identité nationale a donc été enterré par François Fillon, sans fanfare, circulez ya rien à voir. Faut-il dès lors jeter l’idée même de parler d’identité et se consacrer uniquement aux « questions qui intéressent vraiment les Français », c’est-à-dire emploi, logement et pouvoir d’achat ?
Ce serait oublier un peu rapidement que les questions culturelles sont au cœur de beaucoup de nos problématiques quotidiennes : le malaise des Français face à la mondialisation nourrit un pessimisme constant qui rigidifie le système social. Plus de confiance, plus de mobilité et pas d’emploi pour les jeunes, en particulier quand ils ont un nom bizarre.
Pourquoi alors un tel échec ? Pourquoi avons-nous été incapables de parler sereinement de ce qui nous unit pour se tourner avec confiance vers l’avenir ? Quelques contributions laissaient entrevoir un dialogue passionnant comme ce bel article du grand rabbin de France dans le Monde. Mais les intellectuels ont été trop écartés de la réflexion au profit d’une approche décentralisée dans les préfectures et franchement assez bordélique.
Très rapidement, le débat s’est enlisé dans les petites phrases, les dérapages en particulier sur l’Islam. Reconnaissons au gouvernement qu’il ne pouvait pas prévoir que les Suisses choisiraient ce moment pour voter contre les minarets mais fallait-il vraiment annoncer le débat juste avant les régionales ? La ficelle électoraliste était un peu grosse. Et, sans faire injure au personnage, Eric Besson, qui doit être l’homme politique plus impopulaire de France, était-il la personne la mieux placée pour l’animer ? Par ailleurs, penser que ce débat debait acoucher de propositions miracles était illusoire. Il aurait fallu admettre dès le départ que le fait même d’en parler pouvait être un premier objectif.
Le débat aura au moins laissé quelques séquences mémorables.
Ainsi cette vidéo d’Action Discrète, l’équipe de caméra cachée très provoc de Canal Plus, qui s’incruste à un débat en préfecture pour proposer sa version de l’identité française.
Ou encore ce militant qui explique à Eric Besson que son débat « donne la nausée » avant de s’exécuter en… vomissant sur le tapis.
Il y a aussi les dérapages plus ou moins contrôlés de Nadine Morano ou Jean-Claude Gaudin…



